Le « Lean » : l’éthique et l’identité professionnelle. (2/2)

Cet article est la suite de  « Le « Lean » : comme le violon, ne supporte pas la médiocrité » (1/2), à lire ou à relire ici

Le Lean

Rappel : au delà de toutes les idées reçues dans certains cas, le Lean est bien une approche qui préserve l’Identité professionnelle. A partir de principes d’organisation du travail impeccablement mis en place, (la précision est essentielle) le Lean « durable » me semble correspondre,  aux conditions minimales requises pour garantir au sein même de la production l’essentiel des règles de respect du sujet du travail. 

Selon l’approche de Montgolfière Management, les 4 règles sont les suivantes :

 

 1.  Un management apportant l’ambition, l’exigence la visibilité du travail

J’ai noté que l’entreprise aidait en permanence les managers à fournir à leurs équipes l’ambition, l’exigence, la visibilité du travail. En demandant à Paul quelle ambition il avait pour ses équipes, la réponse qui a jailli était la suivante : «  Voir au travail des Hommes debout, et en marche ». Forcément on est loin, très loin des habituels «excellence, leader, les meilleurs, service, productivité … qui sont ici sous entendus, et viennent de surcroît. A tout moment les exigences sont discutées, négociées. Par ailleurs l’organisation propose en permanence la visibilité de l’avancée du travail.

2.  Un discours clair, sans paradoxes, sans mensonges

J’ai noté aussi que, dans le domaine de la stratégie industrielle et de la production, le discours et la communication de terrain possédaient tous les moyens d’être clarifiés si besoin, en permanence. La fameuse boîte à idées, tarte à la crème de la communication interne et de ce fait rapidement abandonnée, existe encore ici, accueillant tous les jours des dizaines de propositions, à chaque fois  recueillies, travaillées, classées par les opérateurs et mises en place à longueur d’année.

3.  Une autorité équilibrée

J’ai noté encore que l’autorité était, dans cette entreprise, au service du confort professionnel. La fonction des auditeurs et managers de production est bien de percevoir avec l’équipe ce qui ne fonctionne pas pour le régler, et ce qui fonctionne bien pour l’améliorer, et non de surveiller que le travail soit bien fait. En conséquence les questions d’autorité pure et de sanctions sont des exceptions.

4.  Un projet d’équipe constamment intéressant

J’ai noté enfin que sur les gens paraissaient sûrs de leurs fonctions et de leurs places. La possibilité d’améliorer ou d’aller plus loin dans la simplification, la performance, ou la productivité ne menace pas les emplois. Les enjeux de préservation ne portent pas sur la preuve de sa compétence « irremplaçable » mais sur l’enjeu de progrès qu’elle permettra. Ainsi chacun peut s’engager dans le projet sans crainte pour sa place et son avenir.

Un Lean « durable »

Ici la question du Lean n’est pas un principe pour obtenir plus d’engagement et de productivité mais une approche visant à encadrer en toute circonstance des règles de respect du lien entre une personne et son travail.

Quand elle est dans l’action : on dégage des pierres du chemin pour qui travaille sur la tâche.

Quand elle est en relation au travail : Régulation permanente des relations humaines liées à la production.

L’impeccabilité n’est pas la perfection absolue. Le risque serait de ne laisser aucune journée de « carnaval ». Je me suis rassuré en constatant que les erreurs sont possibles (mais elles sont entendues, comme imputables à l’organisation), et les rencontres festives « hors travail » bien pourvues en convivialité.

Ce Lean « durable » comme il est nommé dans ces murs, n’est pas basé essentiellement sur l’appât du gain mais sur le goût de la « réussite complète ». On décrit ordinairement le Lean comme ce qui met de l’ordre, là où apparaît le désordre. Je crois plutôt qu’il met de la parole là où le désordre apparaît comme le symptôme d’une mauvaise compréhension des besoins du sujet du travail, et le traite par la réflexion en commun, la parole et l’échange.

Débarrasser le travail des angoisses inutiles liées au moi, aux économies à court terme, à la pseudo communication est l’objectif de la méthode.

Ca fonctionne. Considérant que le travail n’est pas une histoire de machine, ni de méthode mais bel et bien une histoire humaine. En fait, le secret n’est pas dans la méthode du Lean aussi efficace soit elle, mais dans un état d’esprit, qui porte un nom : l’éthique.

rolandguinchard


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Le sens du travail ? C’est par là !

Le sens du travail, c’est par là !

L’alpha et l’oméga du travail c’est le sens. Pourtant si on pose la question, si on SE pose la question la seule réponse qui va venir sera celle de l’utilité : on travaille pour se sentir utile, en tout état de cause, le moins inutile possible.

Cette dimension n’est pourtant qu’un après coup, un semblant, une justification à posteriori, d’une raison beaucoup plus profonde : on travaille pour travailler. Soyons plus clairs encore : on ne travaille QUE pour travailler.

Pour choquante qu’elle apparaisse aux yeux de tout travailleur, cette raison est la plus profonde et la plus vraie qui puisse exister. Le travail est une tension interne, et comme toute pulsion elle doit s’exprimer puis s’imprimer.

Sans quoi il n’y aurait pas de raison d’inventer des postes et des fonctions qui ne servent à rien d’autre que de remplir des besoins nommés pour la circonstance, le revenu d’existence obligatoire ne poserait aucun problème psychologique et le chômage serait une bénédiction.

Mais une fois sorti de ce pur réel pulsionnel du travail, il reste ce que nous connaissons tous : le vécu, l’élaboration et la construction, la mise en lumière et en scène, en mots, en ordre de cette énergie afin qu’elle devienne Du Désir.

Pour cela, elle va s’enfler d’un idéal, retourner vers elle même la violence, construire des symboles de son existence et se parer de social. L’idéal deviendra utilité, la douleur se fera bonne fatigue, voire dans certains cas troubles psycho sociaux, et le social deviendra politique d’emploi et économie, tout cela constituant le carburant psychique de la vie de travail.

On y ajoutera l’argent qui est au travail ce que le sexe est à l’amour : la preuve qu’un processus est à l’œuvre, un hublot, un « regard » sur le cœur de la chaudière, qui permet en un coup d’œil, en permanence, de vérifier rapidement que la relation fonctionne encore pour l’instant.

Voilà le sens que nous donnons au travail : l’argent et l’utilité – parfois – oblative. Mais il s’agit là de  simple éthologie humaine, d’un processus qui n’est pas encore tout à fait caractéristique de notre espèce. Pour comprendre où se trouve le sens du travail, il faut aller vers la parole.

Le sens du travail à cet endroit ne relève que de l’appui de ce processus « pulsion et Désir » à la sphère de la relation inter individuelle dans laquelle le désir ne prend son SENS pour un Sujet parlant que du désir d’un autre sujet parlant.

Le sens du travail alors, est contenu dans ce qui se produit lorsqu’à un sujet échoit, pour un instant, la capacité à tenir une parole vraie sur une situation collective. Il DIT et cela suscite le mouvement désirant chez les autres.

Le sens du travail consiste à suivre une parole qu’on a fait sienne, ce qui donne une direction. Le sens du travail, c’est juste une direction. C’est pourquoi il est possible de dire « le sens du travail c’est par là ». Son absence peut créer des situations assez brutalement mortifères ainsi que nous pouvons le constater tous les jours dans des entreprises où les gens vont très mal.

Ce constat ouvre toutes les possibilités, les  meilleures et les pires. Aussi, cette définition très particulière du sens (mais proche du terrain et de la réalité de tous les niveaux de l’entreprise),  ouvre à un corollaire moral : la décision volontaire, délibérée, systématique de connaître, pour la préserver, l’identité professionnelle.

Cela s’appelle l’éthique du travail. A mettre en œuvre de façon urgente.