Et après ? Comment mobiliser les équipes dans la durée et s’assurer de leur engagement ?


Une semaine avant la reprise « d’aménagement du confinement … Le 5 Mai, au cours d’une visioconférence pour la réunion plénière du CJD de Lorient, nous avons tenté de répondre aux questions et préoccupations des 34 dirigeants présents. Les questions portaient essentiellement sur la communication et le moral des troupes. Je donnerai une question et sa réponse par jour, face à l’urgence … (Q2)

Merci à Pascale Goyat, CJD, DRH et consultante, pour son invitation et ses talents d’intervieweuse.


Cette question n’aurait normalement besoin d’aucun virus pour être posée, elle devrait s’imposer en permanence à tous ceux qui implicitement ou explicitement ont un impact sur le Désir de travail d’un autre ou de plusieurs autres, binôme, chef d’équipe, responsable de service, directeur, dirigeant, chef d’entreprise. 

Cela dit, tu as raison d’y insister, la sortie de « crise » réclame non pas de créer ce désir de travail, car selon moi il est déjà là de façon profonde et ancienne chez tout le monde mais réclame d’en prendre soin

Donc, virus ou pas, (mais encore plus avec virus) pour mobiliser les équipes dans la durée et s’assurer de leur engagement il faut :

Être toujours attentif à l’évolution du Moral des troupes.

Une des solutions : La démarche iXa, pour mesurer le « moral » des troupes

Je reviens un peu là-dessus parce que c’est quelque chose de fondamental qu’on fait toujours au pifomètre. Il faudrait faire ça beaucoup plus sérieusement et régulièrement.  

Fondamental parce que sans le désir franc de travailler (désir dont je parlais tout à l’heure), il n’y aura ni mobilisation, ni engagement. 

Ne craignons rien, Le désir ne meurt jamais, donc pas de soucis, il ne mourra jamais, mais il est sensible, très sensible à l’ambiance, il est aussi très réactif, très craintif, très vite décontenancé, et il a besoin de valeurs pour être nourri et pouvoir avancer. Le moral des troupes se nourrit avec des valeurs, des mots et des projets, des relations équilibrées, et des structures neutres, en tout cas sans malveillance. 

Je reviens aussi sur le pifomètre. Cette nécessaire mesure du moral des troupes on la fait au pifomètre aussi parce qu’on nous a enseigné, de façon fausse que c’était le seul instrument valable au nom de l’intuitu personæ et de la variation permanente et sacrée du vécu individuel. Or il ne s’agit pas de ça du tout. Le moral collectif est orienté de façon positive ou négative en fonction de 21 critères. Point. Donc, il est parfaitement possible d’en connaître le niveau, de cette ambiance, et mettre en place facilement des petits appareils qui mesurent ça en permanence. En attendant d’en mettre un en place posons-nous au moins la question il est comment le moral collectif en ce moment ? 

Ne jamais séparer l’individu et le collectif

Ne jamais séparer l’individuel et le collectif

Cela permet de sauvegarder l’engagement et la mobilisation Il faut garder le regard large, s’intéresser en même temps au chef et à son équipe, au membre de l’équipe et à ses collègues, s’intéresser aux personnes en même temps qu’à leurs groupes référents, l’équipe à laquelle ils appartiennent au sein de l’entreprise.  

Donc mobiliser les équipes et s’assurer de leur engagement c’est faire un peu plus ce qu’on ne fait que rarement, s’intéresser au moral collectif encore plus qu’au bien-être individuel. C’est la meilleure manière de tout prendre en compte.      


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Un migrant révèle notre maladie du désir de travail

Cet article est paru dans le Huffington Post du 30/09/2015
 (Cliquer pour voir cet article sur le site web du Huffington Post) / Le Twitter du Post 

Migrants en Allemagne

Humanisme et réalisme

L’Allemagne accueille favorablement les réfugiés. Dans ce pays, humanisme et réalisme font bon ménage. Lors d’un reportage sur une chaîne d’information continue, le dirigeant allemand d’une grosse PME de mécanique et soudage, explique qu’il a recruté et formé plusieurs travailleurs migrants. L’un d’eux, d’origine africaine est d’ailleurs interviewé, et de dessous son casque de soudeur, tout sourire, dans un anglais très correct, indique à quel point il est satisfait de bien gagner sa vie et de se sentir intégré.

Retour sur le dirigeant : il fait part de son expérience et procède à quelques déclarations attendues. Il a le sentiment de faire son devoir, en participant à l’accueil et l’intégration de ces migrants ; par ailleurs, il aide ainsi l’Allemagne qui manque de bras et va avoir du mal à payer ses retraites. Parlant de l’employé interviewé, il précise qu’il a pris en charge de A à Z, sa formation de soudeur spécialisé.

Puis, comme s’il s’agissait d’un détail, en une pirouette de conclusion, il précise la raison qui lui a fait choisir ce candidat, qui justifie l’investissement de l’entreprise : il est sincèrement « motivé », ce qu’il décrit comme un « plus » non négligeable.

On peut penser que le soudeur est satisfait de son sort, seulement parce que son pays d’origine, instable et peu développé, ne peut pas lui offrir les mêmes avantages et garanties.

Mais c’est insuffisant. En quelques secondes et sans le dire, par sa voix, son regard et son attitude le soudeur interviewé montre bien qu’il est motivé aussi parce qu’il est motivé.

Et que c’est tout simplement ça que son patron a recruté. Je suis ravi de la situation du soudeur et de son employeur, ils ont l’air mutuellement et sincèrement satisfaits et je les laisse à leur arrangement sans autre commentaire.

Pourtant je reste pensif : on en est là ? Il faut recruter ailleurs de la motivation ? Ce n’est pas tout à fait comme rechercher des compétences…

La motivation : pur produit du désir

La question se pose : dans un contexte de chômage et de difficulté économique, des milliers d’emplois ne sont pas pourvus. Dans mon métier, je croise tous les jours des personnes désespérées par l’ennui, la violence ou par des absurdités de management. Je trouve aussi des managers découragés de ne pouvoir maintenir un niveau d’effort suffisant dans leurs équipes. On découvre encore des fonctionnaires abasourdis par les exigences absurdes de leurs tutelles et d’autres totalement repliés ou accrochés à l’inutilité tatillonne de leur tâche obscure. On trouve des quinquas terrifiés à l’idée de leur inemployabilité et des jeunes qui préfèrent prendre tout ça avec légèreté, recul ou indifférence, en attendant mieux, demain. Et ces politiques qui regardent le bout de leurs chaussures électorales au lieu d’ouvrir les yeux sur les questions immenses qui attendent le monde. Sans parler de ces enseignants qui s’épuisent à agir dans un système trop vieux, trop lourd, définitivement condamné, mais qui refuse de mourir, donc renonce à renaître pour préserver les avantages médiocres de ceux qui ont oublié pourquoi ils étaient là.

Pourquoi devient-il difficile de trouver, et à fortiori de recruter des gens motivés dans l’occident des pays riches ? Parions sur les quolibets, garantis, à l’égard de qui parlerait d’une « relation naturelle avec le travail salarié dans un rapport satisfaisant pour les deux parties ».

Qu’est-ce qui rendrait donc les ressortissants de la vieille Europe si dépourvus de cette dimension: le désir de travail.

Pourtant il est là, le désir de travail, qu’on le veuille ou non, car selon nous, cette dimension proprement anthropologique est engrammée dans l’espèce humaine pour sa survie. Son origine pulsionnelle nous permet de penser que ce désir ne meurt jamais qu’avec le corps. Il ne faut jamais parier sur la mort du désir sans disparition du sujet. Mais tout psychanalyste sait que c’est aussi un des modes d’expression de ce désir que de se trouver ralenti, inhibé, empêché, gourmé…

La maladie de désir de travail en Occident

Ce n’est pas de chance si cela nous arrive car le désir de travail est la toute première denrée psycho économique disponible. Certains pensent que c’est le besoin ou l’envie, alors que ces derniers ne sont que des avatars « pervertis » du désir de travail.

Qu’est-ce qui peut donc ainsi inhiber notre désir de travail ? Je ne connais qu’une réponse suffisamment vaste pour embrasser l’ampleur de la question : la peur.

Cette peur est en général exprimée au travers d’un fantasme (le fantasme est une petite structure inconsciente interne construite précocement, un mini scénario répétitif, qui oriente nos représentations, pensées et perceptions. A priori individuelle, cette structure est parfois contagieuse, devenant partagée et collective, groupale, voire sociétale, mais toujours inconsciente).

Notre société est vieille, son identité est devenue fragile, composée de restes, éculée, nostalgique, ressassant sa grandeur passée et ses grands moments, face à un monde jeune et émergent, trop grand et trop vif pour entrer dans le champ de vision de nos égoïsmes de vieillards.

La peur, c’est celle de mourir. Le fantasme de nos pays est le suivant : en se crispant on ne mourra pas. La crispation se fait sur la sécurité… forcément. Or, la sécurité est une drogue dure qui donne l’illusion de la survie « en l’état », pour l’éternité, avec « les états » comme fournisseurs et dealers. Tout cela nous rend incapables de bouger, par peur de perdre des avantages insignifiants, des illusions infantiles, des rêves dépassés. En fait, ils sont déjà perdus. Et cette Europe-là, qui se donne des airs modernes pathétiques à Strasbourg et Bruxelles est déjà morte.

Tout cela nous rend incapables de vivre le travail avec la seule chose qu’il apporte : un accomplissement et un chemin encore ignoré et à construire.

Pourtant je le redis, si son expression défaille parfois, le désir ne meurt jamais.

Le désir de travail sera notre seule brique économique !

Alors : « le désir, soit, mais comment faire avec, pour vivre sans peur ? »

Ne plus avoir peur c’est accepter de perdre, et de mourir à quelque chose. Le fantasme qui paralyse à son insu l’esprit du travail en Europe, ne viendra que d’accepter la mort qui a eu lieu depuis longtemps d’une quelconque hégémonie. On a perdu cela, mais la Loi du fonctionnement du désir peut nous consoler : on ne perd jamais tout, on ne meurt jamais qu’à un rêve, pour en bâtir un autre.

Laissons mourir les rêves anciens de division du monde dont procèdent nos crispations. Il y a autre chose à faire, dés à présent, maintenant mille fois plus urgent, mille fois plus grand. Ce que disait le sourire de nos protagonistes du début, soudeur et employeur, rappelez-vous.

On ne sortira de la crise que par l’innovation (des idées, émanations directes du désir) et par l’engagement (positionnement directement issu de l’intégration du désir à l’action, sans interférence). L’effort est la première denrée économique du monde. La dernière et la seule à exploiter. Aujourd’hui il faut vraiment en prendre soin. En même temps que d’aller la chercher au-delà les frontières, il faudra se poser la question absolue de sa préservation et de son entretien pour chacun d’entre nous, ici même.

Le désir de travail prend un statut d’enjeu économique central, plutôt marrant non ?
Retravailler le désir de travail pour dégager de l’engagement: à quand le « PID », produit intérieur désirant ?


rolandguinchard

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