3 petites choses à savoir pour enrayer l‘épidémie de dépression au travail

Il est évident que les symptômes de type « psycho-social » apparaîtront de plus en plus, puis diminueront, au fil des ans à mesure que le monde social stabilisera et digèrera les modifications sociétales et que l’entreprise acceptera d’assumer et d’intégrer les obligations liées à ces modifications. Il n’est pas exclu qu’elle y découvre la capacité à mettre en œuvre de nouvelles compétences, sources de vrai progrès et de profit partagé.

En attendant, il faut en connaître plus sur la dépression (1) réactionnelle ou majorée et se préparer davantage à y faire face. On a vu que ce symptôme pouvait aujourd’hui plus souvent « demander asile » à l’entreprise.

En attendant aussi, il faut que l’entreprise apprenne à limiter les risques d’épuisement (2).

En attendant enfin, il faut qu’elle soit capable désormais de reconnaître les phénomènes d’intoxication au travail (3).

 

  1. En connaître plus sur la dépression.

dépression

source : Emerge Australia

C’est la perte de l’élan vital. Une affection assez courante dans la mesure où elle touche l’humeur.

L’humeur, c’est ce qui désigne notre appréhension de la couleur de la vie : de bonne humeur, la vie en rose, de mauvaise humeur, la vie en gris.

L’humeur est alternative et régulée, « Si ça baisse ça va remonter, si ça monte ça va redescendre », elle se situe à un niveau moyen général, ses alternances varient en fonction des personnes, la partie basse du cycle est au sens strict la dépression, le « creux », à l’inverse du « pic » de la courbe.

Parfois, des éléments extérieurs dramatiques ou significatifs surviennent (rupture, deuil, perte d’emploi, accident) qu’on désigne sous la forme de la « Perte d’Objet ». Ces événements créent une fracture de la zone d’équilibre et pèsent sur le niveau moyen de l’humeur. Qui est alors toujours alternative et régulée mais à un niveau inférieur. Amenant une tristesse générale par accès et de la fatigue

On appelle cela la dépression réactionnelle. Normale, elle peut se gérer avec des moyens psychologiques, qui vont de  l’aide des proches, à la psychothérapie,  en passant par les lectures, les réflexions personnelles, les retraits momentanés du monde, les échanges et les prises de conscience. L’humeur retrouve alors son niveau moyen, progressivement sur plusieurs semaines ou plusieurs mois.

Si la remontée progressive ne se fait pas, on touche à l’état dépressif majoré, qui est un changement très significatif de la dynamique de la dépression : plutôt que des hauts et des bas, se met en place une spirale inéluctable vers le bas.

Même si les causes initiales ont disparues, la descente se poursuit avec des caractéristiques inquiétantes : obnubilation de la pensée, perte du lien de cause à effet, anxiété importante, troubles du sommeil, douleur morale, négligence de soi, agressivité, recours aux substances psychotropes (alcool et autres), perte du lien social, et du goût à l’existence. Sans soins, la descente alors ne peut plus s’arrêter d’elle-même, entrainant des risques sociaux et suicidaires importants.

Il faut donc obliger à consulter, car le seul moyen de stopper la descente est représenté par les antidépresseurs, médicaments aujourd’hui très efficaces, sans grands effets secondaires, capables de  renverser les symptômes en quelques jours (trois jours, amélioration 10 jours, capacité à revenir dans la vie sociale). C’est une urgence absolue pour éloigner tous les risques, dont les risques de suicide.

L’antidépresseur est efficace rapidement mais il doit être pris pendant 6 à 12 mois pour limiter tous les risques de rechute. C’est le traitement de fond qui permet de dédramatiser la dépression, et de la réduire à un épiphénomène.

Les anxiolytiques, autre famille de médicaments visant à diminuer l’anxiété sont plus délicats, ils provoquent vite une dépendance psychologique et ne doivent être pris que pendant un très court laps de temps.

Dans l’entreprise : mettre en place, de préférence avec le médecin du travail et les préventeurs un responsable nommé et formé, un groupe de travail sur les procédures à mettre en œuvre « si quelqu’un ne va pas bien », un réseau de recours  sur les professionnels à contacter en urgence. Inscrire toutes les actions mises en place dans le DUERP (Document Unique d’Evaluation des Risques Professionnels).

 

  1. Apprendre à limiter les risques d’épuisement

source : admanco.com

source : admanco.com

Quelle que soit la vitesse de fonctionnement de l’entreprise, dans tous les cas, c’est l’environnement SYMBOLIQUE qui va permettre de supporter mentalement et psychiquement les à-coups quantitatifs du travail.

Un travail difficile et exigeant est enthousiasmant si on a le mode d’emploi,  épuisant si on ne l’a pas.

L’environnement symbolique, c’est ce qui permet en toute circonstance de posséder l’origine, les limites et les repères de ce que l’on fait.

On le définit en portant son attention sur 4 éléments essentiels : Discours, Autorité, Projet d’équipe, Management de proximité. C’est le seul rôle pratique que puisse tenir l’entreprise.

 

Le discours : de type GPS « Où on est, où on va ». En étant attentif aux paradoxes, aux évidences, aux semblants, aux secrets.

L’autorité : pour être équilibrée et limiter les risques importants par carence ou abus, elle doit rassembler le courage managérial, l’attention aux signaux faibles, la délégation.

Les projets d’équipe : ils doivent être renouvelés régulièrement et appliquer le Lean durable, faire référence à l’histoire, mesurer les progrès autant que les résultats.

Management de proximité : il entretient l’enthousiasme en énonçant ses ambitions, posant clairement les exigences, créant la visibilité du travail.

 

  1. Reconnaître les phénomènes d’intoxication au travail et BURNOUT

source 123rf

Certaines personnalités ont besoin, pour lutter contre la dépression, ou manifester des qualités particulières (dites « obsessionnelles »)  de s’investir massivement au travail, qui en vient à devenir leur « idéal du moi ». Si un moment de déception vient à apparaître, même inconsciemment, il prend place d’élément déclenchant un processus de dépression particulier le burn out qui réclame un programme d’action spécifique

 


rolandguinchard

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« Je connais mon boulot quand même ! »

…et autres petits symptômes narcissiques de l’identité professionnelle.

Narcissisme

Qui n’a jamais entendu quelqu’un, sous le coup de la colère, de l’indignation ou de la révolte, s’écrier «  je connais mon boulot quand même ! ». Ou encore un autre, désespéré par la remise au point technique venue d’un supérieur hiérarchique : « Comme si je ne connaissais pas mon travail ! » Aussi fréquent est le sentiment honteusement caché d’être un imposteur. C’est à dire la crainte (souvent illégitime) de n’être pas à la hauteur de la situation professionnelle, ou de la fonction occupée. Tout le monde a eu l’occasion de découvrir avec surprise le doute constant des autodidactes les plus compétents. Un dernier symptôme est la vérification minutieuse de la place accordée à son propre nom dans l’organigramme ou sa place dans la grille de qualification. Tout cela n’a d’égal que le sentiment de fierté et la satisfaction éprouvés à percevoir que l’on est – et que l’on est reconnu comme – un bon professionnel, un excellent spécialiste.

La susceptibilité.

Chacune de ces situations quotidiennes, chacun de ces comportements, ou de ces « éprouvés intimes » ont un point en commun, ils mobilisent de façon forte la SUSCEPTIBILITÉ. Or il est certain, (tout psychanalyste vous le confirmera) que lorsque la susceptibilité est présente, elle est la manifestation d’un mécanisme ancien et très profond dans la constitution de l’individu : le narcissisme.

Le narcissisme. 

Il ne s’agit pas seulement de la partie secondaire de cette instance. C’est un peu plus que la belle image dans l’idéal du moi, plus que la représentation modèle et magnifiée, ouverte à la rêverie consciente, de « la promotion, du pouvoir accru, de la carrière, du statut prestigieux. » Non, il s’agit surtout de la mobilisation du narcissisme primaire, constituant le « moi idéal » beaucoup plus ancien. Ce dernier structure de façon précoce et inconsciente chez tout individu l’essentiel de la conscience de « soi-dans-le-regard-des-autres » et son identification à ces mêmes autres. La susceptibilité propre au travail dont nous relevions quelques signes à l’instant, donne par sa réactivité extrême, l’indice d‘une mobilisation du narcissisme primordial dans le champ professionnel. En surface ces petites histoires ont l’air d’une « simple » vexation, ou d’une fierté « innocente et bien naturelle », mais en profondeur il se pourrait bien que cela touche à l’essence même de l’être social porté par chacun.

L’identité professionnelle. 

La concrétisation de ces mécanismes apparaît dans le concept « d’identité professionnelle » qui est « l’organe psychique » chargé de réguler la construction de l’individu dans son rapport à l’autre sociétal. Tout cela se joue dans le domaine du travail, de façon essentielle et vitale.

C’est bien une question d’existence.

 Les « petites histoires de boulot ne sont pas rien ».

La leçon à en tirer c’est qu’il faut prendre très au sérieux les signes d’existence de l’identité professionnelle et de ses atteintes éventuelles. Car alors on comprend mieux à quel point des promesses non tenues dans le travail peuvent « inexplicablement » entrainer le désespoir des employés à qui on les a faites. On comprend comment et pourquoi un mode de management ignorant de ces choses peut entrainer une « panique » suicidaire dans toute une grande entreprise. On saisit les raisons pour lesquelles le terme de harcèlement est si étonnamment et rapidement dégainé chaque fois qu’une remarque professionnelle est lâchée, même atténuée et justifiée.

Les paradoxes. 

On découvre pourquoi des conditions de travail difficiles, un manque total de convivialité ou une rémunération médiocre n’entraînent pas forcément du découragement. Car l’identité professionnelle préservée par un discours clair et un projet intéressant, demeure un soutien personnel extrêmement solide. On comprend alors comment un avis, même sévère, sur le travail de quelqu’un peut avoir des effets positifs sur l’engagement, dés lors qu’il s’agit d’une parole juste, ouverte à la reconnaissance des progrès. On peut percevoir enfin pourquoi le bonheur au travail n’est jamais à rechercher autant que le simple respect de l’identité professionnelle, qui serait la condition même du bonheur professionnel, s’il y en a un. Le respect de l’identité professionnelle n’est pas constitué par la « gentillesse » à l’égard de celui qui travaille, mais par la reconnaissance authentique de ce que son lien au travail est fondamental et identitaire.

(Cela dit, la gentillesse ne gâchera rien).


rolandguinchard

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