La fin de la boule au ventre

Le lien entre ambiance et qualité de vie au travail – L’ambiance positive de travail. (3/6)


Si ce n’est pas encore fait, je vous conseille de lire les billets de blog qui précédent cet article.


Rappel : L’ambiance de travail positive désigne un état psychologique contagieux éprouvé par les membres d’un groupe de travail dans lequel chacun ressent ce qu’il faut de confiance en les autres, et une vigilance partagée. Cela s’accompagne d’un sentiment de réalisation, dans une juste distance à l’entreprise. 


La boule au ventre est le symptôme classique de la crainte de se rendre au travail : on peut sans doute commencer à parler de qualité de vie au travail quand on se sent aussi bien dehors que dedans l’entreprise.

Dans certains cas, on ne se sent pas bien dans sa vie personnelle. La qualité de vie et une bonne ambiance de travail vont permettre alors que le vécu de travail soit peu contaminé et se maintienne malgré les difficultés personnelles. Le travail n’est donc pas une thérapie (comme on l’entend dire très souvent) mais, au moins, n’en rajoute-t-il pas au malaise éventuel. Si la boule au ventre est le symptôme de la porosité entre la vie de travail et la vie personnelle, la qualité de vie au travail serait certaine si la boule au ventre ré apparaît en rentrant chez soi ! (On ne souhaite évidemment cette vérification à personne).

Une ambiance de travail positive est la condition première de toute la qualité de vie au travail

Quelques raisons l’expliquent :

  • La première raison s’exprime ainsi : « Quand l’ambiance de travail est bonne, il n’y a pas besoin de se plaindre pour exister ». Dans les cas d’ambiance dégradée, toute plainte « accuse et gâche le plaisir du travail » Au contraire, une bonne ambiance de travail transforme les plaintes apparentes en élément constructifs, car ce qui est dit est systématiquement référé à un projet commun à tous. La culpabilité générée par les plaintes disparait.
  • Une seconde raison dit : « Quand l’ambiance est bonne on peut toujours compter sur quelqu’un en cas d’imprévu, pour équilibrer la dimension personnelle – professionnelle (sur les aspects non encore prévus par l’entreprise). Cela donne une souplesse immédiate à l’emploi du temps « à charge de revanche » Car la qualité de vie au travail comprend également la possibilité de faire face à des urgences ou à des obligations personnelles, imprévues et anxiogènes.
  • Une troisième raison apparaît. Si l’ambiance de travail est positive on peut dire spontanément une difficulté personnelle, ou une incompétence quelconque, que cette dernière gêne ou pas le travail. Sans craindre pour sa sécurité professionnelle, sans crainte d’être jugé en pouvant compter sur un partage, un échange ou un avis bienveillant. Il ne s’agit pas tant de faire l’économie d’un psy ou d’un formateur que de pouvoir assumer ses imperfections momentanées sans risque. 
  • Une raison supplémentaire affirmerait qu’une bonne ambiance rend fier, renforce l’estime de soi. Faire partie d’un groupe « positif » permet de faire « le plein de positivité » et de se soutenir soi-même avec d’autres, de se sentir accepté et donc acceptable. Un groupe professionnel positif et bienveillant développe ses propres valeurs et rend plus fort qui se les approprie, c’est un des points qui fait également la contagiosité de l’ambiance.

Une ambiance positive constitue donc la base nécessaire pour qu’une vraie politique de qualité de vie au travail s’installe et s’organise de façon cohérente.  Le principal avantage de cette approche « fondamentale » est de limiter le syndrome « du babyfoot dans le hall, » parfois censé à lui seul améliorer l’ambiance, ou devenir la seule action liée à cette intention. Ce n‘en serait, éventuellement, que le résultat.

Les fondations d’une vraie qualité de vie un travail commencent par une certaine norme relationnelle dont les 4 bases viennent d’être citées… Et permettront une juste distance, aux autres et à l’entreprise.

La série sur l’Ambiance positive de travail


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Dirigeant, DRH, formateur : Découvrir une démarche innovante et un outil simple pour améliorer la qualité de vie au travail et l’engagement des collaborateurs


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3 petites choses à savoir pour enrayer l‘épidémie de dépression au travail

Il est évident que les symptômes de type « psycho-social » apparaîtront de plus en plus, puis diminueront, au fil des ans à mesure que le monde social stabilisera et digèrera les modifications sociétales et que l’entreprise acceptera d’assumer et d’intégrer les obligations liées à ces modifications. Il n’est pas exclu qu’elle y découvre la capacité à mettre en œuvre de nouvelles compétences, sources de vrai progrès et de profit partagé.

En attendant, il faut en connaître plus sur la dépression (1) réactionnelle ou majorée et se préparer davantage à y faire face. On a vu que ce symptôme pouvait aujourd’hui plus souvent « demander asile » à l’entreprise.

En attendant aussi, il faut que l’entreprise apprenne à limiter les risques d’épuisement (2).

En attendant enfin, il faut qu’elle soit capable désormais de reconnaître les phénomènes d’intoxication au travail (3).

 

  1. En connaître plus sur la dépression.

dépression

source : Emerge Australia

C’est la perte de l’élan vital. Une affection assez courante dans la mesure où elle touche l’humeur.

L’humeur, c’est ce qui désigne notre appréhension de la couleur de la vie : de bonne humeur, la vie en rose, de mauvaise humeur, la vie en gris.

L’humeur est alternative et régulée, « Si ça baisse ça va remonter, si ça monte ça va redescendre », elle se situe à un niveau moyen général, ses alternances varient en fonction des personnes, la partie basse du cycle est au sens strict la dépression, le « creux », à l’inverse du « pic » de la courbe.

Parfois, des éléments extérieurs dramatiques ou significatifs surviennent (rupture, deuil, perte d’emploi, accident) qu’on désigne sous la forme de la « Perte d’Objet ». Ces événements créent une fracture de la zone d’équilibre et pèsent sur le niveau moyen de l’humeur. Qui est alors toujours alternative et régulée mais à un niveau inférieur. Amenant une tristesse générale par accès et de la fatigue

On appelle cela la dépression réactionnelle. Normale, elle peut se gérer avec des moyens psychologiques, qui vont de  l’aide des proches, à la psychothérapie,  en passant par les lectures, les réflexions personnelles, les retraits momentanés du monde, les échanges et les prises de conscience. L’humeur retrouve alors son niveau moyen, progressivement sur plusieurs semaines ou plusieurs mois.

Si la remontée progressive ne se fait pas, on touche à l’état dépressif majoré, qui est un changement très significatif de la dynamique de la dépression : plutôt que des hauts et des bas, se met en place une spirale inéluctable vers le bas.

Même si les causes initiales ont disparues, la descente se poursuit avec des caractéristiques inquiétantes : obnubilation de la pensée, perte du lien de cause à effet, anxiété importante, troubles du sommeil, douleur morale, négligence de soi, agressivité, recours aux substances psychotropes (alcool et autres), perte du lien social, et du goût à l’existence. Sans soins, la descente alors ne peut plus s’arrêter d’elle-même, entrainant des risques sociaux et suicidaires importants.

Il faut donc obliger à consulter, car le seul moyen de stopper la descente est représenté par les antidépresseurs, médicaments aujourd’hui très efficaces, sans grands effets secondaires, capables de  renverser les symptômes en quelques jours (trois jours, amélioration 10 jours, capacité à revenir dans la vie sociale). C’est une urgence absolue pour éloigner tous les risques, dont les risques de suicide.

L’antidépresseur est efficace rapidement mais il doit être pris pendant 6 à 12 mois pour limiter tous les risques de rechute. C’est le traitement de fond qui permet de dédramatiser la dépression, et de la réduire à un épiphénomène.

Les anxiolytiques, autre famille de médicaments visant à diminuer l’anxiété sont plus délicats, ils provoquent vite une dépendance psychologique et ne doivent être pris que pendant un très court laps de temps.

Dans l’entreprise : mettre en place, de préférence avec le médecin du travail et les préventeurs un responsable nommé et formé, un groupe de travail sur les procédures à mettre en œuvre « si quelqu’un ne va pas bien », un réseau de recours  sur les professionnels à contacter en urgence. Inscrire toutes les actions mises en place dans le DUERP (Document Unique d’Evaluation des Risques Professionnels).

 

  1. Apprendre à limiter les risques d’épuisement

source : admanco.com

source : admanco.com

Quelle que soit la vitesse de fonctionnement de l’entreprise, dans tous les cas, c’est l’environnement SYMBOLIQUE qui va permettre de supporter mentalement et psychiquement les à-coups quantitatifs du travail.

Un travail difficile et exigeant est enthousiasmant si on a le mode d’emploi,  épuisant si on ne l’a pas.

L’environnement symbolique, c’est ce qui permet en toute circonstance de posséder l’origine, les limites et les repères de ce que l’on fait.

On le définit en portant son attention sur 4 éléments essentiels : Discours, Autorité, Projet d’équipe, Management de proximité. C’est le seul rôle pratique que puisse tenir l’entreprise.

 

Le discours : de type GPS « Où on est, où on va ». En étant attentif aux paradoxes, aux évidences, aux semblants, aux secrets.

L’autorité : pour être équilibrée et limiter les risques importants par carence ou abus, elle doit rassembler le courage managérial, l’attention aux signaux faibles, la délégation.

Les projets d’équipe : ils doivent être renouvelés régulièrement et appliquer le Lean durable, faire référence à l’histoire, mesurer les progrès autant que les résultats.

Management de proximité : il entretient l’enthousiasme en énonçant ses ambitions, posant clairement les exigences, créant la visibilité du travail.

 

  1. Reconnaître les phénomènes d’intoxication au travail et BURNOUT

source 123rf

Certaines personnalités ont besoin, pour lutter contre la dépression, ou manifester des qualités particulières (dites « obsessionnelles »)  de s’investir massivement au travail, qui en vient à devenir leur « idéal du moi ». Si un moment de déception vient à apparaître, même inconsciemment, il prend place d’élément déclenchant un processus de dépression particulier le burn out qui réclame un programme d’action spécifique

 


rolandguinchard

Le site du cabinet Montgolfière Management

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Personnalités dangereuses au travail : le cas Andreas Lubitz.

Le copilote de la compagnie allemande Germanwings fait tragiquement la une de la presse depuis le crash de l’A320 dans les Alpes Françaises. Tandis que les enquêteurs tentent de comprendre ce qui a conduit le copilote Andreas Lubitz à écraser l’avion sur une montagne, avec 150 personnes à bord, me viennent en tête des théories sur la personnalité de ce dernier. Mais aussi sur les raisons de son passage entre les mailles du filet de la médecine du travail.

Andreas Lubitz

Après la parution de l’ouvrage « personnalités difficiles ou dangereuses au travail » des syndicalistes, des médecins du travail et quelques journalistes avaient pointés l’horreur morale de ce titre, déclarant que ce dernier ouvrait au risque de stigmatiser des travailleurs, y voyant une dimension inacceptable.

Un peu comme si le fait d’évoquer des personnalités dangereuses au travail était un mensonge, une invention, ou un secret qui ne devait pas être dévoilé, voire une astuce éditoriale destinée à produire un titre sensationnel.

Des syndicalistes, qui se sont exprimés sur le sujet, ont refusé par principe l’idée, pensant que citer la possibilité de l’existence de personnalités dangereuses ouvrait à une possibilité, pour l’entreprise, de désigner par simple diagnostic les personnes indésirables et trop revendicatrices. Je ne sais pour quelle raison mes interlocuteurs avaient pu penser que, par principe, un employé syndicaliste était pourvu d’une personnalité aussi atypique. Je les ai rassurés en indiquant que les personnalités dangereuses pouvaient se trouver à n’importe quel niveau ou fonction de l’entreprise.

Des médecins du travail, quand à eux, se sont alertés. Un tel ouvrage ouvrait la possibilité de faire des diagnostics hâtifs. Leur conclusion était qu’au final seul le médecin du travail avait le droit de commander ou de faire produire ce diagnostic auprès d’un psychiatre. La question s’est un peu apaisée quand certains, reconnaissant leur faible formation en psycho pathologie sont venus se former auprès de moi. Par ailleurs, je leur ai signalé que les diagnostics les plus fantaisistes ou erronés pleuvaient au travail dès qu’une personne se comporte différemment des autres. Dans ces cas là, je préfère que l’entourage puisse être informé à minima pour ne pas confondre une personne difficile ou une personne en difficulté d’une personnalité dangereuse. Là est le principal avantage du livre.

Certains journalistes (pas tous) m’ont renvoyé qu’un cabinet soit susceptible de produire ce savoir, quand le cas survenait au sein d’un entreprise, n’était pas un signe de compétence mais une possibilité de fourvoyer la psychologie vers la manipulation.

Ma compétence une fois vérifiée, et avérée, j’ai pu leur rappeler que la manipulation consistait surtout à donner des explications générales convenues et inefficaces pour ne pas parler d’un sujet délicat, certes, mais qui pose de vrais problèmes, occasionne des souffrances réelles, et des dangers véritables.

Les causes de souffrance dans l’entreprise sont multiples. Quand il mesure l’ambiance de travail dans l’entreprise (cf www.montgolfieremanagement.com) le cabinet MM envisage tous les aspects : organisationnels, personnels, managériaux, structurels, sociaux). Et quand c’est le cas, il s’autorise à dire que certains types de personnalités psychotiques socialisées (paranoïaques et pervers essentiellement) existent au travail et causent de graves dégâts sur les autres et sur l’organisation, malgré leur apparente adaptation aux normes sociales.

Le cas Lubitz, horriblement dramatique, est exemplaire de ce point de vue. On espère que les personnes en charge du recrutement et de l’évaluation de sa personnalité connaissaient le profil du « paranoïaque sensitif », auquel Andréas Lubitz semble parfaitement correspondre, et pouvaient donc envisager la possibilité de cette pathologie dans le cadre de l’exercice professionnel. Cependant, je ne peux que théoriser sur la personnalité d’Andres Lubitz, en me basant uniquement sur les informations relatées dans la presse.

Il faut considérer que des personnalités dangereuses existent et ouvrent à des risques importants dans l’entreprise. Il faut le faire savoir au public pour qu’ils puissent s’interroger avant plutôt qu’après. Le livre sur les personnalités difficiles et dangereuses au travail ne vise que cela : savoir reconnaître les gens normaux en difficulté ou les personnes « caractérielles », mais aussi repérer les personnalités dangereuses pour qu’elles ne détruisent pas ce qui se trouve autour d’elles.

 Une ignorance généralisée serait alors un problème de santé publique managériale.

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La souffrance psychique au travail : Crise de foi

(Ce billet est à la suite du précédent, à lire et à relire ici > La souffrance au travail : L’urgence des corps)

Il y a une autre raison pour que l’on parle aussi souvent de risques psycho sociaux et de burn-out.

Si la souffrance psychique liée au travail a sans doute toujours existé, elle ne se disait jamais dans l’entreprise, mais en d’autres lieux. Elle se disait dans les nombreuses institutions sociales qui étaient chargées entre autres tâches, de sa régulation.

La famille traduisait cette souffrance au travail comme signe de l’effort pour survivre, l’école comme prix de la nécessité pour progresser, l’université comme coût de l’espoir d’accès à l‘information, l’armée comme preuve de l’accomplissement du devoir, l’église comme salaire de la rédemption, l’idéologie comme indication de la valeur d’un combat pour une cause.

Et chaque fois, l’espoir de la progression favorable de la technologie, des ressources, d’un monde meilleur, des lendemains qui chantent, des grands jours, de la stabilité par la domination et le règne d’une seule espèce, de la victoire de la technologie sur la nature, permettait de maintenir la croyance en la nécessité d’accepter la souffrance psychique au travail comme inéluctable et nécessaire au progrès global

qualité de vie au travail

 

Ces croyances constituaient le sens même du travail, annihilant de fait l’intensité des douleurs morales créées par lui

 

Et voilà que les piliers de cette croyance protectrice ne tiennent plus leur rôle sociétal : la famille doute sur le message de travail à transmettre à des enfants qui ne peuvent plus les croire, l’école est le lieu de tous les doutes et de l’incompétence notoire d’adaptation au monde; l’université et les grandes écoles ne sont plus là que pour préserver paresseusement ou peureusement des élites obsolètes; l’armée n’est plus qu’une arme de destruction perfectionnée; la religion, un dogme incohérent ou une secte en combat avec d’autres, l’idéologie une parole creuse; le progrès technologique la source de toutes les inquiétudes « Hiroshi-Tchernobi-Fukushimiennes »

Loin de tout catastrophisme, gageons que cette situation est normale, le progrès nous obligeant à perdre puis à reconstruire en permanence toutes nos valeurs. Disons que nous sommes en plein dedans, au creux de la période, et que nous saurons réfléchir, et tenir bon en attendant « Pâques et la renaissance».

Pendant ce temps la souffrance psychique au travail surgit comme douleur individuelle pure, signe d’un fading de sens social. Jamais il n’y a eu autant de sécurité, de préservation des corps et des droits des personnes au travail dans les sociétés occidentales. Jamais non plus il n’y a eu autant de discours et de symptômes de la douleur psychique au travail.

Alors reprenons la question du début « Pourquoi parle-t-on autant de souffrance au travail et de burn-out ? ».

Parce qu’on veut bien souffrir pour un rêve, s’il devient une aventure partagée. L’accélération du monde a vidé ce rêve de travail de toute dimension symbolique, nous obligeant à changer les paradigmes pour reconstruire un nouvel imaginaire du travail.

Au travail !

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